Citation | n°001 | « Quand on n’a rien de gentil à dire de quelqu’un, on ne dit rien »

~ Mère de Lacey, See you in the cosmos

Cette citation a tout de suite fait sens pour moi, et avec le recul, je me rends compte que mon esprit a de lui-même suivi l’exacte réflexion que je m’apprête à vous partager. En général, un fait m’inspire et je réfléchis à la meilleure façon de l’argumenter et de la transmettre. Cette fois-ci, je n’ai qu’à retranscrire ce que j’ai ressenti exactement. Quelque part, je crois que ça n’en rends le contenu que plus puissant.

Que dire de la gentillesse ? Tout de suite, je l’assimile à un principe plus large de bienveillance. Réfléchir à ne rien dire qui puisse blesser ou dénigrer l’autre, et se contenter de parler pour dire de jolies choses – qui, mettons-nous d’accord, doivent refléter le vrai -, c’est générer de la reconnaissance envers l’autre. L’idée étant de mettre en exergue ce qui pétille précisément chez l’autre, on incite ce faisant à la bonne humeur, à la joie de vivre et surtout à la joie d’être. La bienveillance, par le biais de la gentillesse, encourage à l’affirmation et à la confiance en soi. Par définition, la volonté est de viser le bien et le bonheur d’autrui, et ça passe avant tout par la valorisation de la personne.

Pourtant, ce n’est pas toujours aussi simple. Il est des cas où tout élan de gentillesse suscite une certaine culpabilité, voire de la honte. Les causes de ces réactions sont variées, et les étudier n’est pas le sujet présent. Pourtant, j’imagine qu’elles jouent un rôle fondamental dans la perception des personnes de la prétendue gentillesse. Que dire de soi si on passe son temps à envelopper son interlocuteur de compliments et d’admiration s’il ne s’en sent que plus mal dans sa peau ? Le syndrome de l’imposteur, lorsqu’on ne se sent pas à sa place au milieu des attentions positives, est parfois d’autant plus destructeur quand notre entourage ne s’en rend pas compte – ou évite soigneusement de le prendre en compte – par principe, se disant « au plus je le/la complimente, au plus il/elle s’en accommodera. C’est peut-être vrai, parfois, mais je pense que c’est en réalité bien plus complexe. D’abord, j’estime – et c’est bien mon avis personnel – qu’accompagner une personne dans son affirmation de soi nécessite un investissement plus mesuré que de l’inonder de propos qui font plaisir. D’autant plus que ce qui vous flatterait, vous, pourrait mettre mal à l’aise quelqu’un d’autre. En cela, j’ai l’impression que « ne rien dire si on n’a rien de gentil à dire » reste subjectif et plus dangereux qu’il n’y paraît.

Dans le contexte du roman See you in the cosmos (dont l’auteur est Jack Cheng), la citation reprend en fait les mots d’une mère à sa très jeune fille, Lacey. Dans le cadre de l’éducation parentale, on comprend facilement la volonté de transmettre un parti pris sain à son enfant. En revanche, un tel principe inculqué pouvant, à force de s’y fier par attachement à l’enseignement qu’on a reçu, devenir un automatisme, j’imagine qu’il peut perdre son sens et sa profondeur avec le temps. En cela, être gentil fait-il forcément de nous une bonne personne ? ou bien est-ce une fausse croyance ? Se poser la question revient peut-être en soi à chercher une bonne conscience. A nouveau, je me demande si le revers de cette croyance ne nous inciterait pas, parfois, à ne donner à l’autre que du positif, quand on aurait parfois besoin d’exprimer plus. Garder pour soi les éléments perturbateurs, passer sous silence des éléments marquants malgré nous, sont deux dangers pour la relation, quelle qu’elle soit. Inconsciemment, j’ai peur que cette simple phrase, Quand on n’a rien de gentil à dire, on ne dit rien, puisse inciter à l’hypocrisie sur le long terme.

En même temps, c’est aussi un choix de facilité. Aborder les sujets simples, sources de fierté et d’égo, de façon à susciter au mieux la reconnaissance de l’autre, et au pire…. sa gêne, c’est se contenter du meilleur. D’aucuns pourraient y voir l’envie de n’apporter que du positif, que du joyeux et de l’agréable à l’autre, d’aucuns confirmeront qu’on y décèle aussi une volonté d’éviter toute situation de conflit. Alors d’accord, ‘un combat qu’on fuit est un combat de gagné‘, mais pas sur la durée. Sur la durée, on veut s’en débarrasser, de ce conflit, et non pas le trainer tout du long en espérant qu’il ne nous rattrape pas. D’ailleurs, par choix de facilité, on décide aussi de ne pas confronter l’autre à ses faiblesse, ni à ce qui pourrait nuire à ses relations, ni à ce qui pourrait lui faire du tort. Aussi, ce n’est plus seulement le conflit relationnel direct qu’on fuit, car on incite dans certains cas l’autre à se fuir lui-même.

C’est que je suis plutôt pessimiste, non ? Oui mais voilà… tout argumentaire se faisant un devoir de nuancer, je tiens à souligner un élément clé : « On ne dit rien » ?!

Qu’on soit clair, je considère la chose suivante. Passer sous silence, c’est un peu comme un mensonge, et ce n’est pas rendre service à l’autre. Passer sous silence, c’est, à différents degrés, un manque d’honnêteté. Quid de la communication non violente ? de la critique constructive, de l’observation et du feedback ? Quand la mère de Lacey évoque « quelque chose de gentil », faut-il forcément que ce soit un compliment ? parle-t-on uniquement de brosser dans le sens du poil ?

Je suis partisane de la connaissance de soi avant toute chose. Prendre conscience de ce que l’on est dans son entièreté et pas seulement de ce que l’on a de meilleur, c’est un axe principal du développement personnel. Ce genre de piliers, on ne les développe que très rarement tout seul et, encore, le pouvoir d’introspection passe aussi et forcément à force d’expérience.

Tout ça pour dire que je suis plutôt d’accord avec la mère de Lacey, et qu’elle a pour ainsi dire raison d’inculquer ces valeurs à son enfant… tout étant par ailleurs à nuancer et à mesurer. La petite Lacey s’étonne, car elle n’a rien dit de mal : c’est la stricte vérité. Disons que c’est le moment d’expliquer que la vérité, si elle critique, si elle est en désaccord, s’appuie de justifications et notamment de pistes d’amélioration. Tout un chacun étant libre de faire le tri entre ce qu’on lui dit et ce qui lui semble pertinent.

Je m’exprime à ce sujet d’abord parce que je trouvais la citation légère et bienveillante, justement ; mais aussi parce que je trouve que ce sont des principes de base à manipuler avec précaution. Prendre de le temps de définir et de délimiter leurs signification, c’est s’assurer qu’ils perdurent dans le temps de la façon exacte dont on souhaitait le transmettre.

Qu’en pensez-vous ?

2 réflexions sur “Citation | n°001 | « Quand on n’a rien de gentil à dire de quelqu’un, on ne dit rien »

  1. Bonjour,
    Je pense que tu as raison et c’est un vaste débat. Mais « gentil » ne veut pas dire forcément compliment. Une critique peut être gentille si elle est formulée de la bonne manière. Et c’est peut-être là où cette phrase peut prendre tout son sens.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s