Suzanne Nsilulu publie un roman engagé et rabaisse encore plus la femme et le multiculturalisme

Dans le contexte d’une littérature de plus en plus popularisée, on considère un art plus vastement diffusé et de moins en moins possédé. A l’ère du numérique, on paie pour avoir accès à de simples URL, mais interdiction d’en posséder le contenu comme on possèderait un livre. Pourtant, le segment du lecteur papier existe encore bel et bien, et bien sûr, il est courant de voir des œuvres initialement numériques être éditées et imprimées. C’est le cas de Fragrances, roman auto-édité par Suzanne Nsilulu. Forte de ses plus de 2 millions de lectures sur Wattpads, la jeune auteure donne l’impression de s’être construit un public fidèle et appréciateur de ses écrits. Pourtant, Fragrances ne répond pas aux espérances. Attendue avec impatience, l’histoire de Franceska est déroutante… Là où l’intention est de défendre une cause sérieuse, le rendu oriente vers une toute autre direction. Fragrances traite ainsi de sujets graves sans effort de profondeur et dénigre d’autres sujets graves – sans s’en rendre compte. Les idées sont perceptibles, bienveillantes, mais exprimées avec une telle maladresse que l’effet est totalement opposé. Dans un contexte non développé et une temporalité floue, rien n’est clair.

Ma note pour toi, avant de te laisser lire la suite

Cela me fait véritablement mal au cœur de publier une critique aussi franche et négative, d’autant plus qu’en me renseignant, je reconnais de la part de l’auteure une forte croyance d’implication et une sensation de fierté, celle de s’être autant impliquée dans ce projet. J’ai reçu les échos d’une amie ayant eu l’opportunité de la rencontrer et ce qu’elle m’a dit de sa gentillesse m’attriste encore plus, car je suis déchirée à l’idée que, si elle lit cet article, elle risque de ne s’en sentir que plus mal.

Pourtant, j’ai besoin de palier à une chose que je ne comprends pas. Je lis toujours les notes de fin et les remerciements. Ainsi, je me demande… comment peut-on soutenir une personne qu’on aime tout en se rendant (facilement) compte que l’effet voulu n’est pas là ? Comment peut-on oser être hypocrite au point de la laisser publier un roman inabouti, à fort potentiel mais insuffisamment travaillé ? Voir cette personne s’exposer au ridicule et à la critique (telle que la mienne) n’est-il pas plus effrayant que de la blesser sur le moment en lui faisant une critique constructive, pour laquelle elle vous remerciera par la suite ? ou alors, ces gens-là sont trop aveugles pour voir à quel point le contenu ne sert pas son auteure, ou bien elles ne sont pas suffisamment impliquées.

Pour ma part en tout cas, c’est inadmissible d’être malhonnête à ce point. Tout auteur qui se respecte doit se faire à l’idée qu’un chef d’œuvre peut clairement renaître d’une chiasse sans nom. Ce n’est pas un mal de devoir recommencer encore et encore ; en revanche, c’en est un de cultiver la mauvaise foi. Et encore une fois, ce n’est pas rendre service que de valider un travail simplement pour faire plaisir.

L’article qui suit est 100% franc, et réfléchi. Ceux qui me connaissent savent que je sais faire preuve d’objectivité et d’impartialité, et je regrette d’avoir à écrire tout ceci de cette façon… quoique je le ferais à nouveau s’il le fallait, car si je ne le fais pas, si mes amis lecteurs ne le font pas, personne ne le fera.

Telesia.

A travers Fragrances, Suzanne Nsilulu cherche à véhiculer des messages bienveillants, à propos de sujets sensibles comme la liberté de vivre sa propre existence, l’indépendance et l’autonomie, l’ambition professionnelle, l’accomplissement de soi, la non-discrimination raciale et le multiculturalisme. Jouons-la franc-jeu : Fragrances, ou comment dénigrer son propre message engagé. Brandir des valeurs, s’épandre en dénonciations… ce n’est pas suffisant. Derrière un semblant de roman engagé, on découvre, page après page, une histoire qui cautionne pour moitié ce qu’on reproche aux mœurs sociétales. Fragrances renvoie des messages contraires, et il y a de quoi se perdre ou comprendre de travers.

Fragrances, ou comment dénigrer son propre message engagé

En tant qu’auteure, Suzanne Nsilulu liste, en quelque sorte, ses partis pris. Parmi eux, poussé en premier plan, on considère de défendre et de soutenir l’indépendance de la femme. Le message féministe est jeté sur le devant de la scène d’emblée : on comprend l’enjeu dès les premières lignes. A ce stade, Franceska, protagoniste principale, stimule le lecteur et bâtit ses attentes : un roman féministe, ça mérite son succès, et il faut savoir équilibrer les causes défendues.
Déterminée, la jeune femme apparaît comme sûre d’elle et fière de son parcours : elle aurait atteint ses objectifs à la sueur de son front, au prix de ses efforts. Pourtant, là où s’en déduisent logiquement une forte appétence pour l’autonomie et la prise d’initiative, Franceska démontre en fait tout le contraire. Salariée depuis quatre mois dans l’entreprise de ses rêves, elle réagit comme une stagiaire lycéenne naïve et un peu rebelle. Dans sa quête d’indépendance et de réussite, elle semble avoir oublié la maturité en chemin… ce qui semble quelque peu irréaliste. Coureuse de jupons, Franceska a d’ailleurs besoin de séduire pour se sentir vivre. De personnalité plutôt superficielle, elle ne supporte ni la solitude, ni l’autonomie, et cherche sans cesse l’accompagnement et l’approbation de l’autre. En somme, la jeune employée a besoin du regard des autres pour se sentir légitime.
Par ses choix de vie au quotidien, elle cautionne des actes inacceptables. Alors qu’un ancien petit ami s’impose chez elle et y passe la nuit, alors qu’elle était pour moitié inconsciente, et alors que leur relation conflictuelle la pousse à le repousser… elle ne s’inquiète pas une seconde, le lendemain, de ce qui a pu se passer alors qu’elle était littéralement dans les vapes.
Il semblerait qu’apprécier un bon petit déjeuner après une nuit douteuse représente bien plus la femme indépendante et égale à l’homme plutôt que le droit d’affirmer son intimité et sa vie privée. D’ailleurs, ce doit être une habitude bénéfique, puisque Franceska laisse porte ouverte à celui qui l’aura suivie et fliquée pour trouver son adresse et l’attendre dans son appartement… sans détenir de double de la porte d’entrée, pourtant.
Construite sur une enfance un peu frustrée par des règles sans doute trop strictes, Franceska représente difficilement la femme forte et indépendante, et Fragrances met très peu en avant son développement personnel, soulignant plutôt son caractère irrationnel et égoïste. Dépourvue de toute conscience saine, elle ne fait rien pour se préserver et se jette dans les premières paires de bras se dressant face à elle. Criant haut et fort qu’elle n’a peur de rien, elle se donne en spectacle et ne respecte ni les principes de bienséance, ni sa propre personne. Comme message féministe, c’est un peu raté. D’ailleurs, impossible de recommander Fragrances aux jeunes adolescentes qui se cherchent… car Franceska n’est clairement pas un modèle à suivre !

En plus, Franceska est une vraie drama queen. Obligée de rompre avec son petit ami d’adolescence à cause d’un frère omniprésent, elle lui fait ensuite tout un cinéma, cherchant à lui reprocher on ne sait quoi dont il ne sera forcément pas responsable (puisque c’est la faute du grand frère, vous vous souvenez ?). Encore aujourd’hui, plus d’une semaine après avoir terminé le livre, je ne comprends pas très bien pourquoi elle agit ainsi, à lui en faire voir de toutes les couleurs.. si ce n’est pour chercher à se montrer inaccessible – comme une diva ! En revanche, j’aurais très bien compris pourquoi lui aurait pu refuser de la revoir…

En plus de ne vraiment pas représenter l’idéal du féminisme et de le présenter sous un mauvais jour, Franceska (et plus largement Fragrances, le roman tout entier) hurle des discours à l’opposé de ses actes.
D’abord, il s’agit de défendre une culture – la sienne – et de dénoncer la discrimination raciale, de repousser ces tares de toutes ses forces. A raison, Franceska crie au scandale face à la discrimination qu’elle endure. Pourtant, même si on la comprend, même si on cautionne l’indignation, la manière dont est abordée la question des origines et dont elle est introduite porte à confusion. La jeune femme évoque le préjugé selon lequel les cultures et origines étrangères sont tabous, et le révoque… tout en se braquant automatiquement à la moindre remarque, à la moindre blague, au moindre commentaire même lorsqu’ils n’ont rien à voir avec sa couleur de peau. Elle entre alors elle-même dans un jeu malsain où elle pratique et véhicule ces mêmes mauvaises pratiques qu’elle dénonce de vive voix. Aussi chaque regard posé sur elle est-il considéré comme un affront à ses origines, même lorsqu’il est en réalité bienveillant ; aussi croit-elle, à défaut, que tous les blancs la discriminent pour ce qu’elle est. Finalement, que l’on considère le sujet du féminisme ou du multiculturalisme, l’impression est la même : plutôt que de prôner un équilibre juste, on piétine cette justesse en renversant complètement la balance. Plutôt qu’un noir asservit par un blanc, on asservit le blanc par le noir – pour parler crûment ; ou plutôt qu’une femme dominée par un homme, on domine l’homme par la femme. Ce n’est PAS le but de la démarche, ce n’est pas son sens, et la maladresse du roman, malgré la volonté, véhicule un message tout à fait erroné et d’autant plus dangereux.
Ensuite, on plonge en plein dans les clichés et le noyau des amalgames en côtoyant la famille de Franceska. Avec un père et un frère dans l’hyper-contrôle constant de la femme, mus par la violence et le déni, la cadette vit dans un environnement toxique où elle n’a aucune liberté. A contrario, elle défend une culture libre, où l’épanouissement et l’accomplissement de soi sont encouragés. Vous voyez le paradoxe. Nous sommes en plein dans le cliché des familles noires violentes et machistes, un cliché pris et repris, commenté par Franceska. Des scènes de violence inacceptables dans la vraie vie sont décrites, et ça choque. Ce qui était probablement le but. Et pourtant ! l’événement est expédié comme si de rien. Suzanne Nsilulu décrit une sorte d’indignation mesurée sur deux lignes, puis HOP ! tout est pardonné, c’est déjà oublié. Ce qui revient clairement à cautionner et à minimiser ce genre de comportement, lequel porte atteinte à l’intégrité et à la sécurité des femmes ; et on est bien loin de la culture chaleureuse et familiale.

Oh ! et puis on en parle de ce triangle amoureux ? A titre personnel, j’ai horreur de ça… disons que j’ai été bénie cette fois-ci, puisqu’il est quasi inexistant. Pourtant, c’est un format qui peut porter de gros sujets, comme l’indécision, les relations non consenties, le manque de confiance en soi, la dépendance affective, les quiproquos et le manque de communication, entre autres. Désolée hein… mais là, c’est la débandade entre les jambes de Franceska. C’est plus un triangle, c’est un défilé. Un après l’autre, comme ça, sans raison, avec pour seule justification de ‘se sentir vivante et aimée, et libre de faire ce qu’elle veut’. J’en reviens donc à mes arguments du début, vous savez, quand elle se disait libre et indépendante ? Il faut lui expliquer que LIBRE et INDEPENDANTE, ça ne veut pas dire OUVERTE A TOUS, GRATUIT !

Déjà que Franceska elle-même dégage des signaux contradictoires… il fallait en rajouter encore un peu. Susceptible et très sensible à la critique, celle qu’on surnomme Ceska porte elle-même de nombreux jugement (HYPER-) dévalorisants sur des « groupes » en exprimant des jugements sales, vulgaires et égoïstes. Défendre sa propre cause est une chose, véhiculer des actes confirmant les jugements des autres en est une autre. On ne se bat pas si on n’est pas complètement adhérent soi-même. Franceska rabaisse les autres minorités et groupes différenciés sans pudeur ni gêne, en a-t-elle besoin pour se sentir supérieure et/ou légitime ? J’aimerais bien reprendre, attendez… Madame Nsilulu, vous véhiculez des messages bienveillants – ou du moins on imagine la volonté – à propos de sujets très humains, tels que la liberté d’exister et d’être, l’ambition, l’accomplissement de soi, la non discrimination… et vous laissez Franceska juger cet « homme obèse, on dirait Culbuto » ?! Allons donc. Puis, pour en revenir à ce message féministe si central : Franceska ne véhicule par du tout l’équité ni l’égalité des genres. Elle agit auprès des hommes avec une supériorité condescendante, elle juge chacun de leurs actes comme un moyen de les asservir, tout en ne montrant – jamais – aucun signe de reconnaissance.
On ne sait plus trop à quoi se fier quant à la volonté de l’auteure.

Finalement, Fragrances est un livre avec de grandes et de belles idées, mais qui se complaît pourtant dans le cliché et les fausses croyances.
D’ailleurs, il convient d’affirmer que ce roman est un amas de fausses promesses. Personnages et univers sans profondeur font la paire, et même le trio auprès d’une plume narrative… loin de convenir à un roman.

Un roman sans profondeur

Il est temps de le dire : Franceska est une protagoniste infiniment superficielle, à la fois dans ses actes et ses paroles. Elle ne suscite aucun attachement, ne favorise aucunement la représentation du message qu’elle veut véhiculer, ni la projection du lecteur. Plutôt antipathique, il est même parfois difficile de comprendre le personnage et de le cautionner. En outres, Franceska n’inspire aucune bienveillance ni reconnaissance, c’est-à-dire tout l’inverse de ce qu’elle devrait transmettre. D’ailleurs, le récit ne témoigne d’aucune émotion visible, si bien que le lecteur, hormis, à la rigueur, une certaine indignation, n’en ressent pas non plus. On passe du tout au tout sans explication, et le récit ne fait aucun effort ni dans la complexité, ni dans la simplicité.

Il existe en effet des romans narrés avec simplicité où le lecteur ressent exactement des explosions d’émotion, car les mots sont justes et proportionnels à la réalité de ce qu’on est censés ressentir. Ici, rien du tout 🙂

Enfin, difficile de soutenir et de supporter une personne soit disant ambitieuse, sous prétexte qu’elle aurait donné toute son âme pour atteindre ses objectifs, qui panique pourtant au moins prout de responsabilité. Ce genre de construction bancale instaure une fausse dynamique rédhibitoire. Et puis, peut-être Franceska pourrait-elle nous rappeler en quoi exactement est-ce qu’elle s’est battue pour en arriver là.

Suzanne Nsilulu fait le choix de stimuler son public avec un univers très spécifique, lequel est trop bancal pour être satisfaisant. Sa protagoniste principale est un Nez, et un Nez de talent : elle vient de décrocher un post dans l’une des organisations créatrices de parfums les plus prestigieuses. Il paraîtrait qu’il est très difficile de se faire une place dans ce secteur.. et que Ceska en aurait bavé pour en arriver là. Pourtant, il semble aussi qu’elle ait trouvé un premier job dans une entreprise de rêve, la seule dans laquelle elle ait jamais postulé ! Cela dit, on lui accorde la patience, car il aura fallu qu’elle prenne quelques années pour un autre travail le temps de ………………… de quoi, au juste ?
L’univers n’est pas développé, cette idée là semble au moins à peu près claire. Y a-t-il eu seulement un travail de recherche et d’exploitation ? ou, dans le cas où l’auteure serait experte dans le domaine, a-t-elle oublié que nous autres, lecteurs, n’y connaissons rien ? A la lecture, on ne ressent aucunement la pression du secteur sur ses employés, ni la fascination pour le secteur du luxe, ni l’aversion que provoque certaines de ses mœurs. La responsable de Franceska est simplement ignoble et malveillante, elle représente difficilement la sévérité du secteur du luxe. On ne ressent pas non plus l’attachement culturel et l’importance, l’attrait de ce secteur, même sans parler de surconsommation. Le monde du luxe est un milieu très culturel. Il est aussi, contrairement à ce qu’on pourrait penser (soit disant que ce n’est qu’un milieu sans foi ni lois, sans respect, entre autres), plein de rigueur, de dépassement de soi, d’entrainement, de persévérance, d’implication totale… c’est une putain de vocation, et pas uniquement un monde de vipères. Le luxe représente la quintessence, l’excellence dans tout ce que nous avons su produire : c’est le miroir de l’expertise, et pas seulement du confort et de l’abus.
Un non initié ne serait ni intrigué, ni attiré par cet univers, si bien que, finalement, le roman finit par le dénigrer plus que par le porter. Ce qui est très dommage vu la volonté initiale de l’auteure.

Enfin, et pour terminer, l’écriture en elle-même n’est pas encourageante. La narration est superficielle et scolaire, mais aussi ridiculement cliché. A coup de « pfff » et de « grrrr » (à peu près toutes les deux lignes de dialogue), le récit ne dégage aucun sérieux, si bien que, parfois, on peut vraisemblablement croire à une blague. Le phrasé est sans profondeur, les champs lexicaux peu représentatifs. On remarque un vrai manque de cohérence dans le choix des points de vue, tandis qu’on passe d’un protagoniste à l’autre en à peine une virgule, sans indications. Certains passages sont difficiles à saisir. La temporalité est incohérente, des mois passent sans qu’on le ressente. Le lecteur ne vit pas le truc avec Franceska, tout va trop vite, mon patron cligne des yeux et BORDEL on a couché ensemble. Ok.
C’est une caractéristique qu’on peut retrouver souvent dans la littérature contemporaine… ceci dit, tout mis bout à bout, c’est comme qui dirait la goutte en trop.

Ce roman aura été une véritable déception, et source de plusieurs abandons auprès des lecteurs. On ne niera pas un très fort potentiel, car l’histoire, les objectifs et les messages évoqués sont très forts ; mais Fragrances donne plutôt l’impression de n’être encore qu’un manuscrit, un brouillon, et non pas un roman abouti. Ecrit avec maladresse et avec énormément d’erreurs, le livre peut effectivement donner l’impression d’avoir été bâclé, ou écrit par manque de talent.. ce qui, j’en suis persuadée, n’est pas le cas. En tant que lecteurs, nous ne pouvons qu’encourager l’auteure à reprendre son travail et à l’approfondir, à le rendre meilleur, car n’est-ce pas la finalité de toute œuvre ?

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