IMPACT : l’essai engagé et romancé d’Olivier Norek

En dépit de ses connaissances ultra approfondies sur les sujets qu’il aborde, et d’une prise de recul plutôt impressionnante sur l’environnement social qui nous anime, Olivier Norek explique encore ce qu’est un VPN en 2021. Bravo.

J’ai plongé dans ce roman avec énormément d’attentes, comme ça c’est clair. Hors de question qu’on aborde un sujet pareil en superficie, avec des on-dits, des racontars et des fausses croyances. Après avoir compris qu’on parlait effectivement de l’impact de l’Homme sur la planète, j’exigeais deux choses : 1. une précision technique et scientifique ; 2. de ressentir ce besoin de justice, de me ranger inévitablement du côté du criminel.
C’est un sujet un tout petit peu sensible chez moi, parce que j’ai une vision des choses assez… pas du tout en phase avec les tendances du moment. Je m’explique. Tout ce qui est tendances alimentaires (végétarisme, végétalisme par exemple) ne me correspondent pas ; tout ce qui est petits gestes du quotidien type zéro déchets, toilettes sèches, pas de chauffage, pas de voiture, pas de voyages, ça ne me correspond pas non plus.

Quand on me dit « si chacun décidait de partir en vacances dans le village d’à-côté plutôt qu’à 600km en voiture, la planète s’en porterait mieux », je réponds « si chacun investissait dans les moteurs à hydrogène et le recyclage ou le démantèlement des matériaux, la planète s’en porterait mieux et n’importe qui pourrait aller en vacances n’importe où ».

Voilà, c’est ça, ma philosophie.

Alors quand Olivier Norek propose ce genre de roman et ce genre de message très impactant, en espérant avoir justement un IMPACT sur ses lecteurs, je me dis tout de suite « O. U. L. A. H., t’as intérêt à bien faire les choses. N’est-ce pas ? » Parce que ce genre de roman, il doit pas seulement convaincre ceux qui le sont déjà, il doit embarquer avec lui tous ceux qui ne le sont pas, ou qui s’inquiètent de loin. D’ailleurs, avec le recul, je me rends compte qu’avec la conclusion qu’il nous offre, il peut certes sensibiliser sur le sujet, mais aussi et surtout inciter à des moyens pas très civilisés d’agir. Mais j’y reviendrai plus tard.

Au premier stade de ma lecture, la première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est de vérifier les arguments de Norek. Je me suis noté de côté les événements qu’il évoque et de les croiser avec ce qu’on trouve dans la mer numérique des actualités, ces dix, voire ces vingt dernières années ; et j’étais très motivée à le faire. Simplement, je me suis rendu compte qu’il y avait un dossier de ressources à la fin du livre. Olivier Norek a dressé sa bibliographie avec une rigueur exemplaire. D’ailleurs, on est loin de récit descriptif et tout à fait fatal. Telle citation est intégrée dans un dialogue ou une pensée, et c’est ce qui a fait la force du discours. En condensant des événements réellement parvenus au cours des deux décennies précédentes, il donne une impression de fin du monde imminente, et il a probablement raison de le montrer sous cet angle. Finalement, ces vingt dernières années ne sont-elles pas passées aussi rapidement que le temps de lire 300 pages de résumé ?

A un moment donné, je me suis sentie mal à l’aise. En Nouvelle-Zélande, une famille achète un appartement dans une résidence souterraine bunker, qu’elle va partager avec des célébrités du monde entier : acteurs, joueurs de foot, directeurs financiers, entre autres. Alors quoi ? les gens font vraiment ça ? et moi… MOI, en tant que personne réelle et actuelle, je pensais avoir le temps ! Je me disais, « si l’humanité ne réagit pas, j’aurai tout le loisir de me financer un bunker, en cas de guerre mondiale ou autre ». Avec les événements récents et en compilant les infos que je viens de lire (et de vérifier sur internet), je me rends compte qu’en fait, j’ai plus qu’à prier pour avoir le temps, ou pour que la situation s’améliore.

Et puis, fatalement, Olivier Norek a fait une erreur. Là où, bien sûr, je cautionnais à mort les idées de Virgil Solal ; là où ma vision des choses commençait à converger vers celle de l’auteur (et n’est-ce pas là la finalité de la démarche ?) ; là où j’étais à deux doigts d’accélérer ma façon d’agir

(parce que j’agis, du haut de mes 23 ans, et ça, je pourrais le détailler avec plaisir, parce que les écolos qui achètent des brosses à dent en bambou m’insultent quand je fais 7 000 km en voiture chaque mois, alors que mon travail lutte contre les énergies fossiles, ok, et que je suis au quasi premier front, pas une simple exécutante) (et oui, j’ai la haine contre ceux qui pensent que je m’en fous royal)

; Norek a écrit ça : « Ils vous ont localisé, Virgil ! […] Vous devez partir ! ». La police elle-même venait de tourner le dos à la loi et à la « justice » telle qu’on la conçoit aujourd’hui, du point de vue institutionnel.
De cette façon, Olivier Norek, et je le nomme de façon répétitive parce que c’est son oeuvre, ne nous laisse pas le choix. Il ne nous permet pas de choisir et de mener notre propre réflexion, il l’impose. Ceux qui ont vu le film Les misérables, de 2019, comprendront que la meilleure façon de susciter le doute et de convaincre est d’opposer deux camps légitimes, deux camps qui défendent une cause juste, deux camps qui ont à la fois tort et raison. Et ceux qui ne l’ont pas vu devraient prendre le temps de le visionner. J’insiste en fait.
J’estime que Norek n’avait pas le droit de nous forcer, et de nous priver de notre liberté de choix. Ce revirement de situation, ce twist, il arrive trop tôt, et beaucoup trop tôt. D’accord ? Je dis pas ça seulement parce que soit disant « je suis pas d’accord ». En fait, fondamentalement, je suis d’accord avec les arguments qu’il défend, mais certains aspects de la problématique (comme de justifier de faire passer un message en employant le crime humain) nécessitaient débat intérieur, intense réflexion contre moi-même et contre le monde. Ce genre de pensées, c’est ce qui définit une solution solide et durable.
En bref, l’élément survient bien trop tôt pour que le lecteur puisse fusionner la révolte, la pensée et les convictions.

Et puis pour finir (promis j’ai fini), il y a le procès. Je ne spoile rien du tout, on ne défend pas une cause mondiale en fuyant, mais bien en se montrant aux yeux de tous. Le procès de Virgil Solal est un chef d’oeuvre.

Il y a une note, au tout début du livre, qui précise que les mots tenus par l’assassin n’engagent que lui : il se décharge de la responsabilité de son discours. Pourtant, au cours du procès, ce n’est pas Solal qui parle, mais son avocat. Et cet avocat, que j’apprécie beaucoup en tant que protagoniste, et probablement en tant que personne s’il avait été réel, emploie ses propres mots, quoique basés, certes, sur les idées de son client. Quand Fabien Attal prend la parole, on assiste à une véritable accusation : la Justice, l’Etat, le système. Et pour citer les journaux : « Atomic 8 dénonce l’inactivité de la Justice ! » alors que c’est l’autorité que sert le cabinet. « Atomic 8 ne défend pas, il attaque ! »

Il y a exactement 30 pages de démonstration méthodique et mathématique pour démontrer de façon IMPLACABLE que Virgil Solal, coupable de meurtre prémédité pendant 2 ans, a agi dans un cas avéré de légitime défense. Alors contre qui ? Ca, je vous laisse lire le livre pour le savoir.

M’enfin, c’est la démonstration de droit la plus improbable et la plus fascinante qu’il m’ait été donné de lire, et je n’exagère pas. Pour trouver une faille pareille dans le code pénal, allez-y. Norek était à deux doigt de citer tous les articles. N’empêche, le président de la cour a tenté de le raisonner : vous rendez-vous compte de l’impact de la jurisprudence que vous êtes en train de créer sur la suite ? oui, il s’en rend compte. Et il s’en fiche, parce que c’est soit ça, soit fermer les yeux sur toutes les lois.

A ce niveau, je suis bluffée. Alors bien sûr, ce n’est que fiction, et le scénario et les ressources sont modulés et sélectionnés au détail près afin que la démarche fonctionne, n’empêche que c’est fort bien pensé.

Mon ressenti final n’en est que plus mitigé, parce que je suis admirative du travail fourni par l’auteur et de sa réelle volonté de convaincre son public… mais que je reste mitigée quant à la façon d’y parvenir. Je n’ai pas eu le temps de mener à termes ma réflexion personnelle, si bien que je n’ai pas réussi à m’investir complètement de ma personne, et de choisir envers qui je prendrais parti… qu’on me l’imposait. C’est dommage, car la réflexion est si joliment menée. C’est dommage, car l’idée est là et le message est fort, indispensable. C’est dommage, parce que les causes soulevées et la façon d’en parler font état d’éléments bien plus grands que de simples gestes du quotidien. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je termine sur cette citation tout simplement incroyable :

« Nous ne sommes pas des terroristes. Nous ne frappons pas aveuglément. Nous ne sommes pas des idiots non plus. Nous savons bien que rien ne se fera sans la finance et les grandes entreprises. C’est avec elles que nous changerons le monde et pas avec les poubelles vertes, bleues et jaunes. »

Et c’est exactement ce que je pense.

Cet avis final vient du fond du cœur,
Bien à vous.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s